Pour Fillon et Copé, l’après-Sarkozy a déjà commencé

Jean-François Copé et François Fillon ont des projets pour l’après-2012. Et leur plan de carrière est tout à fait compatible avec une défaite de Nicolas Sarkozy aux présidentielles. Auraient-ils déjà anticipé ce scénario ?

Derrière Nicolas Sarkozy, François Fillon et Jean-François Copé sont aujourd’hui les deux principales personnalités politiques de la droite. Si le président sortant – dont ils défendront tous les deux le bilan – est réélu, il serait naturel qu’ils soient appelés à jouer un rôle important dans le nouveau quinquennat, de préférence au gouvernement. En ces temps de tempête économique, la France a plus que jamais besoin à la barre de tous ses talents et de toutes ses expériences.

François Fillon prolongera-t-il, par-delà l’élection, son bail à Matignon ? L’hypothèse ne serait a priori pas à exclure. Gestionnaire rigoureux, complément idéal de Nicolas Sarkozy, « Monsieur Fillon » rassure les Français et colle au contexte d’« un pays en faillite ». Qui, à droite, pourrait mieux que lui remplir ce rôle ? Comment le président réélu pourrait-il se passer de celui qui aura été le seul capable d’être son premier ministre tout au long de son premier quinquennat ?

Bon, admettons que le nouveau souffle inhérent au lancement d’un deuxième mandat impose un changement de casting, Jean-François Copé serait alors tout indiqué. Prendre les responsabilités de premier ministre serait pour ce fringant quadra, qui se veut talentueux et ambitieux, l’occasion de faire ses preuves au contact de la réalité du pouvoir et de l’action, et de prendre une nouvelle dimension…

Mais non, en fait. Fillon et Copé ont semble-t-il d’autres projets. Le premier se voit député de Paris en 2012 et maire de la capitale en 2014. Le second veut garder les commandes de l’UMP jusqu’en 2017 pour apparaître comme le candidat naturel de la droite le moment venu.

Le pacte de Matignon

Les deux hommes auraient même conclu un pacte, lors d’un déjeuner à Matignon, le 3 octobre dernier, sur le mode « A toi Paris, à moi le parti ». Autrement dit, « je t’aide à conquérir la mairie de Paris et tu me laisses les rênes de l’UMP ».

C’est l’entourage de Copé, à l’initiative du deal, qui a révélé l’existence de cet accord au sommet, en précisant que Fillon aurait répondu : « Marchons comme ça ». Les choses semblent pourtant moins claires du côté du premier ministre : son entourage ne nie pas la réalité de la proposition mais dément l’acceptation de Fillon, ce pseudo-accord étant même qualifié de « pacte de dupes ». Fillon n’aurait d’ailleurs pas renoncé à prendre le parti en 2012, en cas d’échec de Sarkozy à la présidentielle…

Pour l’heure, l’éventuel parachutage de Fillon à Paris, dans la circonscription facile de Jean Tiberi, également convoitée par Rachida Dati – une proche de Copé – déchaîne une véritable guerre dans la droite parisienne. L’ancienne ministre de la justice a violemment attaqué le premier ministre et ce n’est peut-être qu’un début si l’on en croit Pascal Clément – autre ex-garde des Sceaux – qui « aime bien Fillon » mais prévoit que « (sa) copine Dati va lui mordre les couilles jusqu’à ce que mort s’en suive » (sic). Ambiance.

Fustigeant lui-même « l’image désastreuse donnée par l’UMP à Paris », Copé endosse alors l’habit du « casque bleu » pour tenter d’apaiser les tensions et de trouver une solution, mais les fillonistes voient plutôt le secrétaire général de l’UMP dans le rôle du « pompier pyromane »…

Projection dans l’après-2012

Et Sarkozy, que pense-t-il de tout ça ? Officiellement, rien, bien sûr : un président est au-dessus de la mêlée et ne se mêle pas de vulgaires histoires partisanes – même s’il n’en a pas toujours été ainsi… Mais le président a-t-il agréé ce pacte en coulisse ? Lui a-t-on seulement demandé son avis ? Apparemment pas. Est-il toujours le patron ?

On peut trouver ce « Yalta » des sous-chefs quelque peu prématuré, à l’heure où le chef tente de sauver l’Europe – et le monde – avant de se lancer dans une campagne difficile pour sa réélection. Est-ce vraiment l’heure de la guerre de succession ?

Jean-François Copé et François Fillon se projettent en tout cas franchement dans l’après-2012, avec en ligne de mire l’horizon 2017. Et leur plan de carrière est tout à fait compatible avec une défaite de Nicolas Sarkozy aux prochaines présidentielles. L’auraient-ils déjà anticipée ?

Même s’ils ne prendront ni l’un ni l’autre le risque de la déloyauté ou de la division, ce scénario de l’échec du président sortant leur donnerait objectivement plus de chances de gagner en 2017. Pour les deux prétendants de l’UMP, mieux vaut aller à la rencontre des Français après cinq de gauche au pouvoir qu’après dix ans de sarkozysme, non ?

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3 réflexions au sujet de « Pour Fillon et Copé, l’après-Sarkozy a déjà commencé »

  1. Pas de guerre ouverte, faut voir.
    Il est clair que l’ambiance est délétère en UMPie, comme l’illustre l’ambiance parisienne. Sous le prétexte d’un « halte au parachutage », venant d’une… parachutée, il s’agit bien d’une lutte au couteau. Dire que cela ne se fera pas de manière ouverte, faut voir. L’affaire de l’interview on-off au Nouvel obs de Copé, avec astucieux rétropédalage ensuite, l’illustre. on ne cache guère ses antipathies. Et il faudrait être naïf pour ne pas penser que Dati est suffisamment politique pour ne pas avoir pris des garanties (auprès de Copé) avant de planter son couteau dans le dos de Fillon. D’ailleurs le très charismatique chef de bande de l’UMP n’a pas vraiment été sévère avec la dame…
    Gageons que le maintien de Hollande au sommet dans les sondages (ce mercredi 3 nov dans Le Monde, après pourtant une bonne séquence de Sarkozy : TF1 et France 2 + accord sur la Grèce + Sommet du G20) ne devrait pas arranger l’ambiance à l’UMP. Car il semble logique que les affaires en souffrance (Karachi, Woerth, Takieddine…) font que certains n’hésiteront pas à se détacher du président de la République dès lors qu’il serait évident qu’il ne pourrait plus revenir dans la course. Histoire de ménager l’avenir. une sorte de droit d’inventaire.
    Ne pas prendre le risque de la division ? Mais l’UMP est à peu près dans le même état que le PS lors de la candidature Royal : une somme de détestations qui font que personne ne lèvera le petit doigt pour sauver son voisin. Et de là à le descendre… il n’y a qu’un pas. Et cela ne parait même pas difficile à prédire!!!

  2. Je ne suis pas sûr que ça ait à voir -j’ai pas tout lu, j’avoue- mais je suis allé voir « Habeus papam » avant-hier et la scène du conclave où tous les cardinaux prient pour ne pas être choisis m’a rappelé la situation pour la présidentielle 2012, primaire socialiste incluse: pas grand’monde n’en veut, il me semble, trop casse-gueule. Donc à droite, vu que sarko ne va pas y aller, c’est raffarin qui va s’y coller, poussé par copé ET fillon. J’ai dit! (et je suis super fort en prédictions -hors champ on me surnomme cassandre, héhé-)

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