La métamorphose de François Hollande


François Hollande va donc affronter Nicolas Sarkozy, avec des chances réelles de l’emporter. Mais pour que les Français lui donnent les clés, il devra encore se transcender…

A la fin du deuxième débat du premier tour des primaires, François Hollande traçait ainsi sa feuille de route : « le candidat socialiste devra faire preuve d’une crédibilité sans faille (…) mais aussi de la capacité à lever une espérance, sans laquelle il n’y a pas de victoire à l’élection présidentielle – il ne suffit pas de vouloir chasser celui qui est pouvoir aujourd’hui (…) Confiance, c’est le mot clé pour gagner cette élection ».

François Hollande sait ce qu’il doit faire pour gagner. Mais il ne suffit pas de le savoir, et de le dire, pour que le miracle s’accomplisse. Même si le candidat socialiste a indéniablement progressé en termes de « présidentialité », il lui reste encore un long chemin à parcourir. La métamorphose, déjà entamée, doit se poursuivre au cours des six prochains mois au contact des Français et dans le face-à-face avec Nicolas Sarkozy… Sinon la victoire, à portée de main, pourrait encore une fois échapper à la gauche.

Première mue accomplie

Déjà, certains ne le reconnaissent plus. Fini « Monsieur petites blagues », François est devenu très sérieux. Oubliées les formes arrondies du bon vivant qui se laisse un peu aller, voici venus une silhouette svelte et un visage affuté, qui donne un nouvel éclat à son sourire. Le surnom de « Flamby » ne lui va plus comme un gant et sa marionnette des Guignols de l’Info en ravi de la crêche a pris un coup de vieux. Le Petit Journal le caricature plutôt aujourd’hui, signe des temps, en séducteur à la Julio Iglesias.

François s’est préparé, François a réfléchi, François a travaillé sur les grands sujets qui préoccupent les Français : la fiscalité, l’éducation, la production… Il affiche sa conscience aiguë des menaces que font peser la dette et le déficit sur l’avenir de la France et promeut sa grande réforme fiscale.

Pour « ré-enchanter le rêve français », il mise sur le thème de « la jeunesse » et de « l’avenir de nos enfants ». Un sujet qui touche à l’évidence tout le monde et qui permet aussi de placer l’éducation, la recherche, l’innovation, au cœur du projet.

Il a aussi choisi d’incarner une « présidence normale », « anti-bling-bling », rassembleuse et respectueuse des contre-pouvoirs. Sympathique, il distille un cocktail de sérieux et de proximité. Un profil rassurant et raisonnable qui semble coller à l’époque et à la demande, à l’heure du bilan plutôt mitigé de la « rupture » de 2007.

Mais tout cela ne suffira pas.

Une nouvelle peau de président

François Hollande le sait, il sera attaqué sur son manque d’expérience ministérielle, sur son déficit de charisme, sur son obsession de la synthèse susceptible de paralyser l’action, sur sa mollesse supposée, sur son indécision présumée… Autant de défauts qui seront évidemment présentés comme rédhibitoires pour exercer la fonction suprême en ces temps de tempête économique.

Les petites piques de Laurent Fabius, de Martine Aubry ou de Ségolène Royal sur ces sujets font déjà partie des éléments de langage de l’UMP. Mais ce ne sont que de gentilles taquineries à côté du matraquage à l’artillerie lourde que lui concoctent les snipers de la droite.

Le story-telling est prêt : après « Ségolène, la cruche » (qui a connu un certain succès en 2007) et « DSK, le pervers » (qui promettait mais n’est finalement pas sorti sur les écrans pour cause de désistement de dernière minute de l’acteur principal pour raison personnelle), voici venir « François, le mou », « François, l’indécis », « François, l’inactif ».

Même s’il doit d’abord continuer à tracer son chemin vers les Français sans accorder une importance excessive aux critiques d’un adversaire fébrile, il ne peut pas laisser s’installer, à force de répétitions, ce portrait caricatural dans l’opinion. Il ne pourra pas esquiver toutes les attaques.

Il devra argumenter sur les sujets rationnels en retournant les critiques à son avantage. Son « inexpérience » – toute relative – peut lui donner aussi l’attrait d’une certaine « nouveauté ». Son art de la synthèse, de l’écoute, du dialogue, du compromis, pourra être présenté, exemples à l’appui, non pas comme un corollaire de l’inaction mais au contraire comme un préalable à l’action, sans lequel aucune grande réforme partagée n’est possible et durable.

Mais il n’y coupera pas, il devra aussi faire preuve, aux yeux des Français, d’énergie et d’autorité. Deux qualités associées à l’image d’un président de la République et sur lesquelles il accuse encore un déficit de reconnaissance. Là est sans doute son plus grand défi : dans l’intensité de sa rencontre avec les Français, habité par la fonction, il doit littéralement se dépasser pour se hisser à la hauteur de son destin.

Le challenge relève de la transmutation mais pas de l’impossible.

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2 réflexions au sujet de « La métamorphose de François Hollande »

  1. @ Loran
    Nous verrons. Il ne faut négliger ni l’alchimie d’une campagne présidentielle ni la détermination d’un homme qui a perdu 15 kilos avant de se présenter devant les Français.

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