Pourquoi Montebourg et Royal ne peuvent pas soutenir Aubry

« Arbitre », « faiseur de roi », « clé de l’élection »… Si l’on en croit la plupart des commentaires, c’est Arnaud Montebourg, fort de ses 17%, qui va désigner le prochain candidat socialiste à la présidentielle. Ah bon ?

Depuis deux jours, le flamboyant Arnaud Montebourg est au centre de toutes les attentions. Dimanche soir, très classe, il fête sa troisième place en buvant quelques gorgées de mojito avec sa compagne glamour dans un lieu branché de la capitale. Lundi soir, inflexible, il pose ses conditions au journal de 20 heures de France 2. Mardi matin, toujours en campagne, il critique sévèrement, dans une interview à Libération, les deux candidats qui l’ont devancé – dont l’un(e) sera dimanche soir le(la) candidat(e) socialiste. Les médias n’ont d’yeux que pour lui, on le suit pas à pas, on le courtise, on le flatte…

Et voici qu’il somme les « deux impétrants » de « donner des réponses écrites et précises » à la missive qu’il a bien voulu leur adresser. Oyez bonnes gens, qu’on se le dise, le champion de la démondialisation ramassera les copies d’ici le débat de mercredi soir et annoncera sa décision le lendemain. Une sentence qui devrait, selon de nombreux observateurs, peser lourd sur le résultat de l’élection. Roulements de tambour.

Mais le choix tant attendu d’Arnaud Montebourg est-il vraiment aussi important que le suggère cette mise en scène médiatique autour du « troisième homme », « vraie surprise » et « véritable révélation » du premier tour ? Et le suspense savamment entretenu sur son choix n’est-il pas un peu artificiel ?

Les vrais résultats du premier tour

Pour ceux qui auraient manqué les épisodes précédents, en fait, contrairement aux apparences, Arnaud Montebourg n’a pas gagné. Il a seulement « frôlé » la qualification au deuxième tour… à treize points près.

La plupart des analyses sur les résultats du premier tour des primaires PS sont d’ailleurs assez surprenantes. Il semble qu’il s’agisse plus de commenter les chiffres à l’aune de leur écart avec ce que prédisaient les sondages que la réalité des résultats eux-mêmes.

Car que donnent ces chiffres, en réalité, sur la base quantitativement significative de 2,67 millions de votants ? D’abord deux qualifiés pour le deuxième tour – c’était bien l’objet du premier tour, non ? Deux qualifiés nettement détachés, totalisant ensemble 70% des voix – ce qui doit correspondre à peu près au poids de la majorité du parti socialiste, représenté ici par ses deux ex-premiers secrétaires.

Deuxième donnée : ce « ballotage » est particulièrement favorable à François Hollande, car quoiqu’on en dise, avec 39,2% contre 30,4% pour Martine Aubry, il reste quand même nettement mieux placé pour atteindre la barre des 50% au deuxième tour. Même si ce ne sont évidemment pas les mêmes élections, imaginez ce que l’on dirait si le candidat PS avait neuf points d’avance sur le candidat UMP à l’issue du premier tour de la présidentielle.

D’autant que le raisonnement qui consiste, pour entretenir le suspense, à additionner les voix d’Arnaud Montebourg et de Ségolène Royal à celles de Martine Aubry, au nom d’une supposée plus grande proximité idéologique, est nécessairement faux. Les reports de voix sont toujours beaucoup plus partagés qu’on ne pourrait le croire en se fiant à sa première intuition.

Le premier sondage publié après le premier tour (OpinionWay – Fiducial pour Le Figaro) nous apprend d’ailleurs par exemple que 23% des électeurs de Manuel Valls prévoient de voter pour Martine Aubry (contre 65% pour François Hollande), alors que c’est à peu près l’inverse pour ceux de Ségolène Royal (64% pour Aubry et 23% pour Hollande) – deux résultats qui, s’ils se vérifiaient, devraient donc plus ou moins s’annuler.

Reste donc Arnaud « 17% » Montebourg, « l’arbitre », « le faiseur de roi ». Comme il le dit lui-même, il n’est pas propriétaire de ses voix et sait bien que l’éventuelle consigne de vote qu’il donnerait ne serait pas suivie à 100%. Et d’ailleurs il n’en donnera pas, ce n’est pas dans le style VIe République. Tout au plus, en tant qu’homme politique responsable qui sait décider, indiquera-t-il le sens de son propre vote… pour François Hollande.

Etre du côté du vainqueur

D’un point de vue idéologique, Arnaud Montebourg ne fait pas de différence entre François Hollande et Martine Aubry, « ces deux faces d’une même pièce », ces deux enfants de Delors et de Jospin, sur la même ligne réformiste sociale-démocrate. Ses électeurs, apparemment non plus, si l’on en croit le sondage cité précédemment : 48% auraient l’intention de se reporter sur Martine Aubry et 45% sur François Hollande. Et selon l’entourage de Montebourg, à vue de nez, un tiers des troupes serait pour Hollande, un tiers pour Aubry et un tiers pour aucun des deux.

D’un point de vue personnel, Arnaud Montebourg aura aussi du mal à soutenir Martine Aubry avec laquelle il a entretenu au cours des deux dernières années des relations exécrables qui ont culminé avec l’affaire Guérini. Mais ce n’est pas le plus important.

Le plus important, c’est d’être du côté du vainqueur. Ce vainqueur que l’on devra de toute façon soutenir à l’issue du second tour. Ce vainqueur qui sera peut-être président de la République et décidera pendant un certain temps de tout ou presque, et notamment des postes de ministres. Il vaut mieux être du deuxième cercle que du troisième.

Donc Arnaud va nous indiquer jeudi qu’à titre personnel, il votera pour François Hollande, au nom du rassemblement le plus large possible autour du candidat arrivé en tête au premier tour et qui a le plus de chances de l’emporter, y compris contre Nicolas Sarkozy… Pour donner au candidat socialiste la dynamique la plus forte possible, ce qui était la logique des primaires, qu’il a lui-même contribué à imposer. Bien-sûr, il continuera à faire avancer ses idées dans la campagne socialiste, a apprécié l’écoute et les engagements, certes modestes, des deux candidats sur un certain nombre de thèmes qui lui sont chers, même s’il regrette qu’aucun des deux n’ait encore vraiment compris l’urgence du contrôle des banques, de la démondialisation et de la VIe République…

Quant à Ségolène Royal (7%), si elle a diverses raisons, politiques et personnelles,
d’en vouloir aux deux candidats encore en lice, elle est prise dans le même courant : si elle veut jouer un rôle dans l’avenir proche, elle ne peut pas appeler à battre celui qui au final va gagner et aura le pouvoir. Elle n’a qu’un choix : indiquer une préférence pour François Hollande ou s’abstenir de toute consigne de vote, même si c’est plus risqué.

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5 réflexions au sujet de « Pourquoi Montebourg et Royal ne peuvent pas soutenir Aubry »

  1. Il semble que Montebourg considère qu’aucun des deux « impétrants » ne se distingue de l’autre dans la réponse à sa lettre. Quant à ses relations personnelles, elles sont plutôt mauvaises avec les deux candidats – sans doute plus tendues avec Aubry qu’avec Hollande. Comme Royal – et comme prévu – il choisit donc de soutenir, « à titre personnel », celui qui est arrivé en tête au premier tour, le plus susceptible de « rassembler », pour lui donner la plus forte « dynamique » possible… Bref, le futur vainqueur.

  2. Bonjour,

    tout ceci est plutôt bien vu. J’avais personnellement cru qu’il soutiendrait Martine Aubry, qui avait l’air, vu de loin, un micro-chouïa plus à gauche.

    Au fait, bonne chance pour le blog. J’ai aussi (re)commencé le mien il y a quelques semaines (adresse ci-dessus). Tes commentaires sont les bienvenus.

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