Goodbye Jean-Louis !

C’est un petit coup de théâtre. Apparemment même ses proches n’avaient pas été prévenus de son annonce, hier soir sur TF1. Jean-Louis Borloo renonce à se présenter à l’élection présidentielle. Mais est-ce vraiment une surprise ?

Au-delà de la très injuste caricature des Guignols en inspecteur Columbo mal fagoté et toujours prêt pour l’apéro, il faut quand même reconnaître que si l’homme est plutôt sympathique, Jean-Louis Borloo n’est pas toujours très limpide dans ses explications. Il n’a donc pas souhaité « ajouter de la confusion à la confusion ».

Il faut dire que dès le départ, cette idée de candidature n’était pas très claire. Née de la frustration de n’avoir pas été nommé premier ministre, il y a un an, plus que d’un vrai désaccord politique, elle manquait nécessairement de consistance et de crédibilité. Elle ne suscitait d’ailleurs pas jusqu’ici d’attente particulière de la part des Français puisque malgré sa popularité, Borloo stagnait autour de 7% d’intentions de vote.

Dans un contexte de crise, où le candidat naturel de la droite est en difficulté et où l’extrême droite se maintient à un haut niveau, une candidature Borloo était difficilement tenable face au spectre angoissant d’un 21 avril à l’envers. L’Elysée, qui ne souhaitait pas cette candidature – et qui n’y croyait pas – a su se montrer convaincant…

Cette défection est une bonne nouvelle pour Nicolas Sarkozy qui veut absolument fédérer la droite ET le centre dès le premier tour, pour atteindre le niveau critique en deçà duquel la dynamique de deuxième tour sera difficile à enclencher. Elle n’est pas non plus mauvaise pour François Bayrou. Les prochains sondages préciseront les gains potentiels des uns et des autres.

S’il y a un espace au centre en 2012 – ce qui reste à prouver – c’est quand même Bayrou qui a le plus de légitimité à l’occuper, lui qui témoigne, depuis son refus de se ranger sous la bannière UMP en 2002, d’une certaine constance dans sa stratégie d’indépendance. Ne parlons pas de l’éventuelle candidature de témoignage d’Hervé Morin, dont le score ne risquerait que d’affaiblir un peu plus le centre au sein de l’UMP… Ni de celle, improbable, de Dominique de Villepin, dont le nouveau positionnement semble obéir à une seule volonté : s’opposer jusqu’au bout à son meilleur ennemi.

Nul doute que Borloo soutiendra Sarkozy le moment venu et sera ministre – peut-être enfin premier ministre – si le président sortant est réélu. En cas d’alternance, la droite va nécessairement se recomposer et Borloo pourra, s’il le souhaite et s’il est « en situation », jouer sa carte en 2017. Allez Jean-Louis, à 2017 !

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5 réflexions au sujet de « Goodbye Jean-Louis ! »

  1. Selon un sondeur proche de l’Elysée cité par Le Figaro, « Borloo prenait deux points à Sarkozy et deux points à Bayrou » au premier tour de la présidentielle. Combien prenait-il au candidat PS ? Où vont les trois autres points de ses ex-7% d’intentions de vote ? Ce n’est pas dit dans l’article.

    Dans ce même papier, un proche du Château se dit persuadé que le chef de l’Etat a « promis de belles choses à Jean-Louis ».

  2. Bonjour,

    à mon avis, à quelques détails esthétiques près, il y aura a peu près un papier à cigarette d’épaisseur entre le PS et l’UMP pour cette campagne. Et François Bayrou n’a plus la « magie » du 3ème homme qu’il avait en 2007. Si les deux gros partis ne font pas de grosses erreurs, je le sens assez mal parti.

  3. Trois sondages récents réalisés autour du 18-20 octobre apportent des premiers éléments de réponse sur les conséquences du retrait de Jean-Louis Borloo, même si l’effet « primaires » a aussi un impact important :

    – Pour BVA (qui exclut toute autre candidature à droite ou au centre droit), « Sarkozy ne profite pas du retrait de Borloo » et stagne à 23% d’intentions de vote au 1er tour. C’est Hollande qui « capte l’essentiel du potentiel de voix disponible au centre droit », avec 39% d’intentions de vote (+8 points). Bayrou ne gagne qu’un point, à 7%. Marine Le Pen gagne 3 points, à 19%.
    Prévisions pour le second tour : Hollande 64%, Sarkozy 36%.

    – Pour l’Ifop (qui inclut les candidatures de Villepin (2%), Morin (1%), Lepage (0,5%), Boutin (0,5%), Dupont-Aignan (0,5%) et Nihous (0,5%)), Hollande gagne 6 points, à 35% ; Sarkozy gagne 1,5 point, à 25% ; Le Pen perd 1,5 point, à 17% ; Bayrou gagne 0,5 point, à 6,5%.
    Prévisions pour le second tour : Hollande 60%, Sarkozy 40%.

    – Pour CSA (qui inclut également toutes les candidatures potentielles à droite et au centre avec des chiffres analogues aux précédents), Hollande gagne 7 points, à 35% ; Sarkozy gagne 1 point, à 25% ; Le Pen perd 2 points, à 16% ; Bayrou gagne 2 points, à 9%.
    Prévisions pour le second tour : Hollande 62%, Sarkozy 38%.

  4. Pas d’Accord
    Je pense que le retrait de borloo est une très mauvaise nouvelle pour Sarkozy. A deux titres. Le premier est que celui-ci ne ponctionne pas forcément ses voix à Sarkozy plus qu’au centre, voire chez des écolos « modérés ». D’ailleurs, les premiers sondages post-Borloo n’ont pas montré de renvoi probant de ses voix vers Sarko. Ensuite, il incarne une alternative au vote Bayrou beaucoup plus amicale pour le président sortant vers qui il aurait appelé à voter, ce que ne fera pas Bayrou.
    Enfin, et surtout, il incarne une opposition au PS beaucoup plus audible que celle de Sarko. Ce dernier est discrédité et, par nature, tributaire de son bilan. Donc peu crédible pour incarner une critique du PS qui porte. Borloo aurait sûrement été un bon opposant au PS et il aurait pu former une alternative au vote socialiste. On imagine un électeur aller du PS à Borloo, pas du PS vers Sarko.
    La droite vient à coup sûr de perdre une manière de ratisser large. Elle ne peut plus compter que sur ses bases au sens le plus restrictif.
    En conclusion, je pense que l’écart entre Hollande et Sarko au premier tour aurait été plus faible (on prend l’hypothèse que le PS sera premier, bien sûr) avec borloo que sans. Et on sait que cet écart est une clé majeure de l’élection présidentielle.

  5. Nouveau sondage, Ipsos cette fois-ci, réalisé les 28 et 29 octobre, soit après l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy sur la crise européenne (le 27 octobre). Le précédent sondage du même institut ayant été réalisé les 30 septembre et 1er octobre, les variations constatées intègrent donc à la fois le retrait de Jean-Louis Borloo, l’effet des primaires PS et celui de l’intervention télévisée du président. Résultat : François Hollande, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen gagnent chacun 3 points au premier tour, respectivement à 35%, 24% et 19%. François Bayrou stagne à 5,5%.
    Prévisions pour le second tour : Hollande 62%, Sarkozy 38%.

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