Le vent porteur des primaires

Objet politique non identifié, les primaires « ouvertes » ont l’air de fonctionner. Loin de virer au pugilat ou à la bataille d’égos, la Starac du PS accouche d’un vrai débat d’idées et marginalise pour l’instant l’UMP, dont le candidat unique n’est pas officiellement en campagne.

En ouvrant la désignation du candidat PS à tous les électeurs de gauche, voire à tous les Français, les initiateurs des primaires n’étaient pas seulement guidés par le souci du progrès démocratique. Empruntant aussi à l’art de la guerre, ils ont voulu bâtir une rampe de lancement efficace vers la présidentielle, en donnant à l’heureux(se) élu(e) la dynamique la plus forte possible pour affronter la mère de toutes les batailles.

Le pari n’était pas sans risque. Selon ses détracteurs, cette mécanique infernale risquait d’attiser les divisions. Certains imaginaient déjà un combat de rue, dont le vainqueur sortirait éreinté et seul, aux commandes de la traditionnelle « machine à perdre ».

A l’issue du deuxième débat, une nouvelle fois très suivi et très commenté, il semble que les sceptiques se soient trompés.

Un vrai débat d’idées

Nous avons en effet eu droit jeudi soir à un vrai débat d’idées, de fond et de qualité, technique et chiffré, sur les grands défis qui se posent à notre pays.

De ce foisonnement de propositions, parfois contradictoires, qui relookent sérieusement le projet du PS sans dévoiler complètement celui du futur candidat, on retiendra, entre autres, que le mot « PME » est sans doute celui qui a été le plus prononcé. Les PME comme remède miracle, à la fois sources de croissance, d’emplois, d’innovations et d’exportations.

On aura aussi noté que l’angélisme ou la « naïveté » du PS en matière de sécurité appartient bel et bien au passé. Le réalisme des élus locaux dicte aujourd’hui la culture dominante du parti et les socialistes n’ont pas l’intention d’abandonner ce thème à Nicolas Sarkozy, dont le bilan très mitigé dans ce domaine ne lui permettra pas, cette fois-ci, de promettre des miracles.

Viril mais correct

Tout le monde a remarqué quelques passes d’arme plutôt « musclées » entre les différents candidats : entre Montebourg et Aubry sur Guérini, entre Montebourg et Valls sur les valeurs de la gauche, et aussi entre Aubry, Royal et Hollande… Mais le débat est resté courtois, dénué d’attaques personnelles ou de coups bas.

Ce débat « en famille » ou « entre amis », où la synthèse vient clore les échanges contradictoires, où les prénoms et les tutoiements apaisent les interpellations agressives, donnait à voir une équipe. Une équipe composée de personnalités différentes, concurrentes, mais dont comprend qu’elles gouverneront ensemble. Un avant-goût de conseil des ministres ?

Tout le spectre politique

De l’entrée de l’Etat au capital des banques à la mise en place de la TVA sociale, de l’interdiction des licenciements boursiers à la priorité donnée à la réduction du déficit et de la dette, de la suppression des stocks options au soutien aux PME… L’exposition de toutes ces idées présente également l’avantage de balayer un spectre très large de l’échiquier politique : grosso modo, de l’extrême gauche au centre droit. Comme si le PS occupait quasiment tout l’espace. Comme si l’UMP n’existait plus qu’à travers la droite populaire.

La droite n’y coupera pas en 2017

« Coup de pub », « bonne opération de com », « tribune politique », « cannibalisation du débat », « véritable rouleau compresseur »… Les élus UMP ne s’y sont pas trompés : le PS est en train de réussir son pari. A tel point que l’on songe sérieusement, à droite, à allumer un contre-feu et à mettre en scène à la télé les conventions de synthèse du projet UMP, afin de rattraper ce « déficit médiatique ». Même si Copé est toujours contre, la droite n’échappera pas aux primaires en 2017. Les « modernes » de l’UMP en conviennent.

Et pourquoi pas en 2012 ?

Certains pourraient même regretter de ne pas avoir franchi le pas dès 2012. Mais le président sortant, fut-il impopulaire, est nécessairement le candidat naturel. Et il est sans doute trop tard pour changer de cheval si près de l’arrivée. Mais en cas de primaires, Nicolas Sarkozy serait-il aujourd’hui choisi par les électeurs de droite ? Rien n’est moins sûr.

Une nouvelle forme de leadership ?

La gauche, dont on a souvent dit qu’elle n’avait pas assez le culte du chef pour remporter l’élection présidentielle, serait-elle en train de résoudre son fameux problème de leadership grâce à cette nouvelle formule associant les Français ? La droite serait-elle au contraire piégée avec son candidat « incontestable » dont on attend l’auto-désignation dans une certaine morosité.

Et si c’était la vraie élection ?

Ce n’est qu’une élection de sélection. Elle ne concerne qu’un parti et n’a pas de valeur nationale. Elle ne désignera que le champion du PS qui devra ensuite affronter, entre autres, le redoutable tenant du titre du camp adverse. Et pourtant, si c’était finalement cette élection qui désignait le futur président de la République ?

Les historiens de la politique française jugeront peut-être, avec du recul, que les élections présidentielles de 2012 se sont en fait jouées lors de la campagne des primaires socialistes, en octobre 2011, la défaite de Nicolas Sarkozy étant à ce moment-là pratiquement acquise…

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Une réflexion au sujet de « Le vent porteur des primaires »

  1. Autre nouveauté, elle aussi rafraîchissante, qui concerne davantage les journalistes et/ou les marketeurs de l’information : ça fait du bien d’écouter un débat sur le fond, entre adultes responsables, qui prennent leur temps pour échanger, sans être systématiquement coupés par des questions à deux balles censées « relancer » l’interview, sous pretexte que le spectateur ne peut pas se concentrer plus de 30 secondes. Je suis certain que le PS vient de faire un investissement très productif sur le long terme en envoyant très clairement aux Français le message suivant : on ne vous prend pas pour des trompettes, comme disent les rugbymen. On fait le pari de votre intelligence collective, on fait appel à votre capacité d’écoute et de de jugement (attitude constructive) plutôt qu’à vos sentiments les plus destructeurs du pacte social (racisme, peur, colère, intolérance, etc.). Et si ça dure deux heures, et bien tant mieux ! Résultat : des records d’audience (y compris en ligne), pas de décrochage, pas de lassitude (et même un réel regain d’intérêt pour le débat). Il reste du temps de cerveau disponible !

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