Astérix contre Babar ou la fable du grand amiral et du capitaine de pédalo

Filant la métaphore marine, le story telling quinquennal de l’UMP nous présente cette fois-ci l’élection présidentielle comme un combat déséquilibré entre un virtuose de la navigation et un marin d’eau douce. Plus c’est gros, plus ça passe ?

A ma droite, le grand amiral qui tient courageusement la barre du grand bateau France en ces temps de tempête économique. A ma gauche, un « capitaine de pédalo », qui n’a jamais piloté le moindre navire.

A ma droite, Astérix, le Gaulois emblématique, courageux, malin et déterminé. A ma gauche, Babar, le roi des éléphants, le gentil marchand de rêves, qui raconte des histoires aux enfants pour les endormir.

A ma droite, l’un des grands de ce monde, qui claque la bise à Merkel, tape sur l’épaule d’Obama, dit « ta gueule » à Cameron. A ma gauche, le président du conseil général de Corrèze, qui a le numéro de portable du trésorier de l’amicale des boulistes de Tulle.

A ma droite, « le président ». A ma gauche, celui qui n’a pas la carrure pour l’être.

Le décor est planté, il a le mérite d’être simple, il faudra désormais le matraquer sur tous les tons pendant quelques mois pour le faire entrer dans la tête des Français.

Mais qui va croire à cette fable ?

Quel est au juste le CV du « grand amiral » ? Est-il doté a priori, par sa formation, ses connaissances ou ses compétences personnelles, d’une aptitude particulière à comprendre la crise économique et financière dans toute sa complexité et à trouver les bonnes stratégies pour la résoudre ? Bénéficie-t-il de ce profil de « technicien » que les marchés plébiscitent un peu partout en Europe ? A-t-il montré jusqu’ici des qualités de visionnaire, capable d’anticiper les événements ? Lire la suite

Pour Fillon et Copé, l’après-Sarkozy a déjà commencé

Jean-François Copé et François Fillon ont des projets pour l’après-2012. Et leur plan de carrière est tout à fait compatible avec une défaite de Nicolas Sarkozy aux présidentielles. Auraient-ils déjà anticipé ce scénario ?

Derrière Nicolas Sarkozy, François Fillon et Jean-François Copé sont aujourd’hui les deux principales personnalités politiques de la droite. Si le président sortant – dont ils défendront tous les deux le bilan – est réélu, il serait naturel qu’ils soient appelés à jouer un rôle important dans le nouveau quinquennat, de préférence au gouvernement. En ces temps de tempête économique, la France a plus que jamais besoin à la barre de tous ses talents et de toutes ses expériences.

François Fillon prolongera-t-il, par-delà l’élection, son bail à Matignon ? L’hypothèse ne serait a priori pas à exclure. Gestionnaire rigoureux, complément idéal de Nicolas Sarkozy, « Monsieur Fillon » rassure les Français et colle au contexte d’« un pays en faillite ». Qui, à droite, pourrait mieux que lui remplir ce rôle ? Comment le président réélu pourrait-il se passer de celui qui aura été le seul capable d’être son premier ministre tout au long de son premier quinquennat ?

Bon, admettons que le nouveau souffle inhérent au lancement d’un deuxième mandat impose un changement de casting, Jean-François Copé serait alors tout indiqué. Prendre les responsabilités de premier ministre serait pour ce fringant quadra, qui se veut talentueux et ambitieux, l’occasion de faire ses preuves au contact de la réalité du pouvoir et de l’action, et de prendre une nouvelle dimension… Lire la suite

La métamorphose de François Hollande


François Hollande va donc affronter Nicolas Sarkozy, avec des chances réelles de l’emporter. Mais pour que les Français lui donnent les clés, il devra encore se transcender…

A la fin du deuxième débat du premier tour des primaires, François Hollande traçait ainsi sa feuille de route : « le candidat socialiste devra faire preuve d’une crédibilité sans faille (…) mais aussi de la capacité à lever une espérance, sans laquelle il n’y a pas de victoire à l’élection présidentielle – il ne suffit pas de vouloir chasser celui qui est pouvoir aujourd’hui (…) Confiance, c’est le mot clé pour gagner cette élection ».

François Hollande sait ce qu’il doit faire pour gagner. Mais il ne suffit pas de le savoir, et de le dire, pour que le miracle s’accomplisse. Même si le candidat socialiste a indéniablement progressé en termes de « présidentialité », il lui reste encore un long chemin à parcourir. La métamorphose, déjà entamée, doit se poursuivre au cours des six prochains mois au contact des Français et dans le face-à-face avec Nicolas Sarkozy… Sinon la victoire, à portée de main, pourrait encore une fois échapper à la gauche. Lire la suite

Pourquoi Montebourg et Royal ne peuvent pas soutenir Aubry

« Arbitre », « faiseur de roi », « clé de l’élection »… Si l’on en croit la plupart des commentaires, c’est Arnaud Montebourg, fort de ses 17%, qui va désigner le prochain candidat socialiste à la présidentielle. Ah bon ?

Depuis deux jours, le flamboyant Arnaud Montebourg est au centre de toutes les attentions. Dimanche soir, très classe, il fête sa troisième place en buvant quelques gorgées de mojito avec sa compagne glamour dans un lieu branché de la capitale. Lundi soir, inflexible, il pose ses conditions au journal de 20 heures de France 2. Mardi matin, toujours en campagne, il critique sévèrement, dans une interview à Libération, les deux candidats qui l’ont devancé – dont l’un(e) sera dimanche soir le(la) candidat(e) socialiste. Les médias n’ont d’yeux que pour lui, on le suit pas à pas, on le courtise, on le flatte…

Et voici qu’il somme les « deux impétrants » de « donner des réponses écrites et précises » à la missive qu’il a bien voulu leur adresser. Oyez bonnes gens, qu’on se le dise, le champion de la démondialisation ramassera les copies d’ici le débat de mercredi soir et annoncera sa décision le lendemain. Une sentence qui devrait, selon de nombreux observateurs, peser lourd sur le résultat de l’élection. Roulements de tambour.

Mais le choix tant attendu d’Arnaud Montebourg est-il vraiment aussi important que le suggère cette mise en scène médiatique autour du « troisième homme », « vraie surprise » et « véritable révélation » du premier tour ? Et le suspense savamment entretenu sur son choix n’est-il pas un peu artificiel ? Lire la suite

Goodbye Jean-Louis !

C’est un petit coup de théâtre. Apparemment même ses proches n’avaient pas été prévenus de son annonce, hier soir sur TF1. Jean-Louis Borloo renonce à se présenter à l’élection présidentielle. Mais est-ce vraiment une surprise ?

Au-delà de la très injuste caricature des Guignols en inspecteur Columbo mal fagoté et toujours prêt pour l’apéro, il faut quand même reconnaître que si l’homme est plutôt sympathique, Jean-Louis Borloo n’est pas toujours très limpide dans ses explications. Il n’a donc pas souhaité « ajouter de la confusion à la confusion ».

Il faut dire que dès le départ, cette idée de candidature n’était pas très claire. Née de la frustration de n’avoir pas été nommé premier ministre, il y a un an, plus que d’un vrai désaccord politique, elle manquait nécessairement de consistance et de crédibilité. Elle ne suscitait d’ailleurs pas jusqu’ici d’attente particulière de la part des Français puisque malgré sa popularité, Borloo stagnait autour de 7% d’intentions de vote. Lire la suite

Le vent porteur des primaires

Objet politique non identifié, les primaires « ouvertes » ont l’air de fonctionner. Loin de virer au pugilat ou à la bataille d’égos, la Starac du PS accouche d’un vrai débat d’idées et marginalise pour l’instant l’UMP, dont le candidat unique n’est pas officiellement en campagne.

En ouvrant la désignation du candidat PS à tous les électeurs de gauche, voire à tous les Français, les initiateurs des primaires n’étaient pas seulement guidés par le souci du progrès démocratique. Empruntant aussi à l’art de la guerre, ils ont voulu bâtir une rampe de lancement efficace vers la présidentielle, en donnant à l’heureux(se) élu(e) la dynamique la plus forte possible pour affronter la mère de toutes les batailles.

Le pari n’était pas sans risque. Selon ses détracteurs, cette mécanique infernale risquait d’attiser les divisions. Certains imaginaient déjà un combat de rue, dont le vainqueur sortirait éreinté et seul, aux commandes de la traditionnelle « machine à perdre ».

A l’issue du deuxième débat, une nouvelle fois très suivi et très commenté, il semble que les sceptiques se soient trompés. Lire la suite

Et si Sarkozy ne se présentait pas ?

L’hypothèse du retrait du candidat « naturel », « évident », « incontestable », reste osée. Mais le président sortant, qui devait déjà faire face à une impopularité forte et durable, voit maintenant se rapprocher le spectre des affaires… Jusqu’au coup de théâtre ?

Bien sûr, les affaires – voire les condamnations – n’ont jamais empêché une réélection. Sans parler des Balkany, Dugoin et autres Tibéri, Juppé connaît aujourd’hui une seconde jeunesse. L’exemple le plus significatif restant évidemment celui de Chirac qui, tout au long d’une vie politique loin d’être « irréprochable », a toujours réussi à passer entre les gouttes… Et même à être réélu en 2002 avec 82% des voix !

On connaît toute une série d’affaires « abracadabrantesques » qui ont pourtant fait « pschitt ». Lire la suite